Importantes captures de juvéniles de crevettes en zone Sud
Dans le cadre du suivi scientifique des activités des flottilles crevettières de l’Union européenne, l’IMROP a eu l’opportunité de faire embarquer, depuis Dakar, un observateur scientifique sur l’un de ces crevettiers aux mois de janvier et de février dernier pour un total de 30 jours. 3 espèces de crevettes sont habituellement recherchées par cette catégorie de navires : la crevette profonde Parapenaeus longirostris (24 % des captures de cette marée), la crevette côtière Penaeus notialis (1 % des captures). Les espèces accessoires conservées sont principalement constituées de poulpe Octopus vulgaris (19 % des prises totales).
Les quantités conservées représentent 37 % du total pêché, les rejets atteignent donc 63 %. Ces proportions de rejets, quoique très importantes, sont assez communes pour ce type de pêcherie en Mauritanie et ailleurs particulièrement dans une zone subtropicale comme la nôtre où la diversité spécifique est très élevée où l’usage des grilles séparatrices n’est pas en vigueur. En revanche, ce qui pourrait être davantage inquiétant c’est la dominance des juvéniles et donc des individus immatures. Sur les 14170 individus mesurés de crevettes profondes 66 % sont des femelles qui sont habituellement moins précoces que les mâles. Pour cette espèce les femelles immatures représentent plus de 99 %. Des proportions proches sont aussi enregistrées pour la crevette côtière avec 84 % d’immatures.
Diverses hypothèses, qui ne sont pas exclusives, sont avancées pour expliquer cette portion importante de juvéniles dans les captures. La première est relative à la zone et la période de pêche. En effet, ces données ont été collectées dans l’extrême sud de la ZEE mauritanienne où il a été déjà établi par l’IMROP que c’est une zone de reproduction principale pour la crevette côtière qui se déroule en septembre octobre et dont l’arrivée en zone de pêche de juvéniles coïncide avec cette période. La proportion habituelle de juvéniles dans les captures peut ainsi être amplifiée par un très bon recrutement cette année. La seconde est l’usage d’un chalut peu sélectif de 40 mm et à maille losange qui peut facilement retenir des individus de petites tailles particulièrement en fin de l’opération de pêche lorsque les mailles du filet sont colmatés par les poissons ou d’autres débris organiques comme les algues.
Il est clair qu’une seule mission à bord de ces crevettiers reste insuffisante pour se faire une idée précise de ces différents résultats qu’il faut alors considérer comme préliminaires. L’impact de l’activité de pêche sur ces espèces reste donc à l’état de nos connaissances relativement limités. Des études plus poussées sont certainement nécessaires et c’est pourquoi depuis plus d’une année nous avons reçu une trentaine d’observateurs scientifiques, d’un niveau master en biologie marine avec une quinzaine d’années d’expérience, pour suivre de façon plus rapprochée, entre autres, ces différents effets. Le problème de leur embarquement reste entier, en particulier sur le segment crevettier, malgré le concours de la Délégation à la Surveillance des Pêches et des Contrôles en Mer et de la de la Délégation de l’UE à Nouakchott.

Pêche de la crevette à bord du bateau de recherche ALAWAM
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